peaudelours #1
" Oahu " ce titre évocateur d'un monde exotique et lointain ouvre un paysage dont l'étrange familiarité, nous place aux frontières de l'image externe et interne.
Des noirs profonds déroulent le paysage du premier plan au dernier. Une lumière zénithale éclaire un lac ou une mer cernée de dunes. Un contre-jour brumeux attire notre œil vers l'arrière-plan barré par les dernières ondulations veloutées de la colline.
Où suis-je ?
Au bord de la mer, terre promise pour quelques journées revigorantes, paysage fabriqué pour ma consommation touristique ?
Au-dessus d'une contrée vierge enregistrant avec ma caméra obscura cette topographie nouvelle ?
Dans l'évocation de mes songes, dans la reconstruction d'un lieu aux configurations innommables, en perte de mémoire ?
Au commencement du monde, aux balbutiements des premiers honomatopés ?

Je suis certainement témoin d'une scène dont l'artifice recoupe de multiples paysages.
Telle une maquette nous signalant les codes que traverse toute fabrication d'image.
Tel le procédé héliographique qui la place aux croisées des chemins de la photographie et de la tradition de la gravure.
Telle la scène de genre dont le paysage évoque l'histoire du regard, de la manière dont ce dernier est activé au sein d'un tableau.

Je suis au bord, je suis entre deux, entre l'extérieur et l'intérieur, entre les codes et la lumière, entre le saisissable et l'étendue d'un horizon.

Danielle Hubert van Blyenburgh


 


Adrien Missika : Oahu, Héliogravure à grain / black and white, 45x56cm, ed.15
Centre d'art contemporain Genève, 2009

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